lundi 31 janvier 2011

MAIZIERES (54) - Le château des évêques de Toul, un monument dépouillé

Après avoir proposé le village de Maizières sous la neige (Neige 1 ; Neige 2), je vous invite à découvrir l'un des vestiges de son passé : le château épiscopal, du moins ce qu'il en reste. Cette page permettra de se souvenir de l'existence d'un patrimoine quelque peu oublié et délaissé qui connait maintenant une nouvelle destinée...

Vendu dans un état pitoyable, il sert maintenant de maison d'habitation "moderne". Les propriétaires actuels ont su préserver la tour principale du château en gardant sa belle fenêtre à meneaux renaissance.


Aperçu historique

Le village relevant déjà de l'évêché de Toul depuis le XIe siècle, le pontife Gilles de Sorcy (1253-1271) décida d'y édifier un château pour asseoir son pouvoir temporel dans la région. La plaine, située en contrebas de l'église et du noyau primitif, accueillit alors la forteresse qui fut entourée de fossés alimentés en eau provenant des petits ruisseaux coulants sur place. Ce château, siège de la châtellenie de Maizières (comportait les terres de Maizières, Bainville-sur-Madon et Xeuilley), était  alors aux mains d'un châtelain désigné par l'évêque de Toul.

En 1272, à la mort de Gilles de Sorcy, deux prétendants à charge épiscopale, Gautier de Bauffremont et Jean de Lorraine (petit fils du duc Mathieu 1er de Lorraine) se livrèrent à un combat acharné. Ce fut le second qui l'emporta. Revanchard, Gautier de Bauffremont mit le siège devant les châteaux épiscopaux de Liverdun, Brixey-aux-Chanoines et Maizières qu'il enleva facilement. Désireux de recouvrer ses biens, l'évêque de Toul fit appel au duc de Lorraine Ferry III (1251-1303) qui accéda à sa requête et reprit, sans coup-férir, les trois forteresses épiscopales.

En 1347, Erard  de Thélod (découvrez l'église du village en cliquant ICI) et Pons d'Haraucourt, seigneur d'Acraigne (aujourd'hui Frolois), mécontents de leur sort, s'emparèrent de la forteresse de Maizières alors possession de leur suzerain, Thomas de Bourlémont (1330-1353), l'évêque de Toul. Le château fut brûlé par ces deux chevaliers. L'évêque engagea par la suite des restaurations et reconstructions.

En raison des bandes armées rôdant aux alentours de Maizières, l'évêque Bertrand de la Tour d'Auvergne (1353-1361) renforça la garnison du château. Pour cela, il fit appel au régent du duché de Lorraine, Burchard, seigneur de Fénétrange, qui plaça immédiatement les terres épiscopales touloises sous la protection ducale et dépêcha des hommes d'armes aux châteaux de Maizières et de Liverdun pour en assurer la défense.

Malgré le renforcement de la garnison de Maizières et la signature du Traité de paix de Brétigny du 8 mai 1360 (entre le roi d'Angleterre et le roi de France), des routiers dénommés "Bretons", à la solde des Anglais, saccagèrent notamment Maizières. Le château fut passablement endommagé.

En 1406, les archives nous apprennent que l'évêque de Toul, Philippe de Ville-sur-Ilon (1399-1408), avait nommé châtelains en son château de Maizières, Aimard et son fils Collinet. Ces deux commandants et gestionnaires gérèrent conjointement la châtellenie épiscopale.

Succédant à son frère au siège épiscopal de Toul, Henri de Ville-sur-Illon (1408-1436) fit restaurer le château  de Maizières à partir de mai 1409, car il se trouvait dans un état déplorable. Cette restauration s'opéra en même temps que les forteresses de Brixey-aux-Chanoines et Blénod-les-Toul ("fortialia de Brexio nec non Blenodio et Mazerus vetustate fere de lapsa propugnaculis inexpugnabilibus fotificavit").

Dès son accession à la charge épiscopale touloise, Antoine de Neufchâtel (1461-1495) constata l'état de délabrement du château de Maizières après le passage des Écorcheurs. Il le fit immédiatement reconstruire avec celui de Blénod-les-Toul qui avait subi le même sort ("interim arces de Maserus et Blenodio vetustate collapsa reparavit"). Cette reconstruction devenait indispensable pour la défense de la châtellenie contre les Lorrains. Cela ne suffit pas car, en 1467, le prince Nicolas (1448-1473), fils du duc Jean II de Lorraine (1452-1470) assiégea la forteresse de Maizières qui tomba entre ses mains au bout de six jours. Il ne fallut cependant pas longtemps à Antoine de Neuchâtel pour recouvrer sa forteresse.

Le maréchal de Lorraine, Jean VII de Fénétrange, ravagea lui aussi la châtellenie de Maizières et prit possession du château épiscopal tout juste récupéré par l'évêque de Toul. Ce dernier, qui ne put en rester là, monta une opération visant à chasser les Lorrains de Maizières. Antoine de Neufchâtel se félicita de la réussite de son projet. Maizières retomba donc dans l'escarcelle de l'évêque de Toul qui plaça une nouvelle garnison.

En 1473, le maréchal de Bourgogne, Henri de Neufchâtel-Blâmont (1440-1504) aurait mené ses gens de guerre à Maizières pour s'emparer du château de son frère, l'évêque de Toul, Antoine de Neufchâtel.

Avec les Guerres de Bourgogne, de 1474-1477, Maizières et son château furent évidement au cœur du conflit opposant les Bourguignons aux Lorrains. On imagine tout à fait les sièges qu'a pu subir le château épiscopal.

En 1585, les troupes du duc Henri 1er de Guise, dit le Balafré (1563-1588) se présentèrent à Maizières où ils saccagèrent la forteresse de l'évêque de Toul, Charles de Lorraine (1580-1587).

Alors que Jean Blaise de Mauléon, seigneur de la Bastide et chambellan du duc Charles III de Lorraine vivait au château de Maizières, il vit arriver les Reîtres du duc de Bouillon au cours du mois de septembre 1587. Après avoir dévasté la châtellenie, en pillant et incendiant les villages, les cavaliers et hommes d'armes allemands et suisses du duc de Bouillon enlevèrent sans coup férir le chateau de Maizières et l'incendièrent. Jean Blaise de Mauléon, dépourvu de sa résidence principale, fut autorisé, par lettres patentes du duc Charles III (datée du 15 octobre 1587), à se réfugier au château de l'Avant-Garde à Pompey.

En 1634-1635, les troupes françaises occupèrent le château de Maizières. Peu après, le roi de France Louis XIII, relayé par le Cardinal de Richelieu, ordonna sa démolition. Le chemin de ronde sur consoles à mâchicoulis et les éléments défensifs (meurtrières, canonnières, bretèches....) furent alors détruits. Le château devint désormais l'ombre de lui-même !

A partir de 1674, un fermier occupa les lieux et transforma les restes du château en bâtiments agricoles.

En 1865, les fossés du château-ferme, en grande partie remblayés, livrèrent un boulet de canon et des pièces de monnaie médiévales.

La fonction agricole de l'ancienne forteresse épiscopale perdura jusqu'à sa vente et sa déchéance au  début du XXIe siècle...

Architecture

Aujourd'hui l'ancien château des évêques de Toul n'est plus que l'ombre de lui même. Il a été en grande partie ruiné avec le temps et les dégradations guerrières ; les transformations récentes ont presque achevées le malade.

A quoi ressemblait donc cette forteresse ? On a quelques éléments de réponse grâce au cadastre de 1830 qui montre que le château s'organisant autour d'une cour rectangulaire avec un jardin accolé. Il faut imaginer un fossé en eau autour du château qui possédait probablement des tours aujourd'hui à l'état de fondations sous la route bitumée.

Cadastre de 1830

D'après les comptes de la châtellenie de 1608, le château avait également des dépendances importantes : colombier, moulin, bergeries, écuries, basse-cour, jardins fruitiers, vignes... Les prés jouxtant le château étaient protégés par un fossé en eau.

De 2001 à 2006 environ, les vestiges existants du château sont restés tels quels depuis sa transformation en ferme. En 2004, je suis retourné sur les lieux pour constater que les fenêtres et portes avaient été retirées et les ouvertures laissées béantes étaient étayées par des poutres en bois ! Que s'est -il passé ? 

Le château a été vendu en 2006 (?) et le bâtiment délabré devenu sans intérêt et menaçant ruine a été détruit pour laisser la place à des maisons individuelles modernes. Seule la tour d'habitation du châtelain a été gardée et réhabilitée pour une vie moderne en gardant des éléments anciens comme la grande fenêtre à meneaux du XVIe siècle avec sa grille (remercions les propriétaires actuels !). Malheureusement, la façade présente des fenêtres modernes réalisées avec du béton...mais bon que peux-t-on y faire, c'est la modernité et le confort qui veut ça !

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Photos prises en 2001

Le village de Maizières avec le château (en couleur)


Le château-ferme dans un état de délabrement (le bâtiment rectangulaire de droite n'existe plus,
il a fait place à des maisons individuelles)

Bâtiment rectangulaire accolé à la tour d'habitation (aujourd'hui disparu)

Tour d'habitation avec reste de console à mâchicoulis sur la droite (encore en place)

Console à mâchicoulis (encore présente aujourd'hui) qui supportait le chemin de ronde (XIVe siècle)

La tour d'habitation du châtelain (aujourd'hui préservée)

Fenêtre et porte gothiques (aujourd'hui disparues) du bâtiment rectangulaire.

Porte en arc brisé avec tympan à trilobe et blason mutilé aux armoiries de l'évêque de Toul,
Antoine de Neufchâtel (fin XVe siècle) (aujourd'hui disparue)

Fenêtre à remplage trilobé (début XVIe siècle) (aujourd'hui disparue)

Tour d'habitation avec fenêtre à meneaux (encore en place)

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Photos prises en 2004













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Photos prises en 2011




Fenêtre à meneaux (XVIe siècle)

Les chainages d'angles bien visibles rappellent la présence d'une première tour plus modeste

Arrière de la tour avec les baies gothiques (fin XVe siècle) encore en place
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Quand la modernité efface le passé....
Nous ne pouvons malheureusement pas toujours préserver
l'intégralité des vestiges du passé...
faute souvent de moyens  !
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Sites internets utiles

Celui des Etudes Touloises :
L'extrait du cédérom reprenant l'histoire de Maizières

Localisation de Maizières en Meurthe-et-Moselle


Localisation de l'église paroissiale et du château épiscopal dans Maizières
(Vous pouvez agrandir la carte en cliquant ICI )
 



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samedi 29 janvier 2011

GOVILLER (54) - Le Calvaire du cimetière

Le village de Goviller, situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Vézelise, possède un patrimoine digne d'intérêt comme son église en partie médiévale entourée de son cimetière ancien. C'est dans ce dernier que se trouve le calvaire du XVIIe siècle.

Quand on se présente devant la croix mutilée dans sa partie haute, on découvre d'abord un Christ en croix puis, en faisant le tour, le revers comporte une Vierge. L'érosion des deux saints est  bien visible ; la Vierge a même perdu ses mains qui était jointe en signe de prière. Des volutes décoratives complètent la croix en soutenant le petit toit en bâtière et la barre horizontale.

Ce modeste calvaire mérite qu'on le préserve ; c'est un témoin, si petit soit-il, du passé de Goviller...
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Localisation de Goviller en Meurthe-et-Moselle

Situation de la Croix dans le village et par rapport à l'église Saint-Epvre
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Le calvaire entouré de croix


Le Christ en croix


La Vierge


 Et si vous découvriez maintenant
l'église de Goviller
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Copyright - Olivier PETIT - 2011

lundi 24 janvier 2011

TOUL (54) - La Maison au Mouton

La ville de Toul est réputée pour son patrimoine médiéval conséquent. En flânant dans les rues, on peut découvrir de beaux témoins architecturaux de ce passé. Au cœur de la ville historique, dans la rue Docteur Denis, au n°4, se trouve un belle porte gothique remontant au XIIIe siècle avec un tympan figurant un mouton en relief encadré de part et d'autre d'un blason orné d'un oiseau, d'un arbre avec des fleurs et la lettre B et au-dessus un autre blason avec la lettre T rappelant l'initiale de la ville de Toul. Ce dernier blason a disparu laissant la place au numéro 4.

Cette porte a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1939.

Le propriétaire de cette maison était peut-être en relation avec le milieu des ovins, en l'occurrence des moutons (il existe la rue des moutons un peu plus loin dans la ville, rappelant qu'il y avait des bergeries). Était-il un tanneur suffisamment riche pour s'offrir une porte au tympan sculpté ?

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Localisation de Toul en Meurthe-et-Moselle
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Situation de la Maison au Mouton (épingle turquoise) et des autres curiosités dans Toul
(Vous pouvez agrandir la carte en cliquant ICI )
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Au regard de sa physionomie, il s'agit d'un bélier (les cornes sont en partie manquantes...)

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lundi 17 janvier 2011

THOREY-LYAUTEY (54) - La Cascade de l'Etanche

C'est en parcourant internet que j'ai découvert fortuitement l'existence de la cascade de l'Étanche (ou  Saut du Brénon) sur le blog de Bernard (merci à lui pour ses photos de la cascade gelée : photos 1 et photos 2).

Je me suis empressé de me rendre, hier, sur place au hameau de l'Étanche pour découvrir la cascade qui se trouve en contrebas de la route menant à Thorey-Lyautey depuis Ognéville, juste après le petit pont enjambant le Brénon. Cachée derrière un bâtiment de ferme, la cascade, toute puissante, tombe d'environ 3 mètres de haut. Tout simplement superbe ! Évidemment, elle n'a pas l'ampleur de celle de la grande cascade vosgienne de Tendon (visible en cliquant ICI) mais elle mérite quand même une visite...

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Le Brénon juste avant de tomber en chute









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Un petit montage vidéo de la cascade
video

Retrouvez cette vidéo en qualité supérieure sur
dailymotion

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Découvrez aussi cette cascade en partie gelée en cliquant ICI

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Localisation de Thorey-Lyautey en Meurthe-et-Moselle


Situation de la cascade dans le hameau de l'Etanche et par rapport au village de Thorey-Lyautey
(Vous pouvez agrandir la carte en cliquant ICI )

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Copyright - Olivier PETIT - 2011