Faites une recherche sur ce blog !

Chargement...

mercredi 5 janvier 2011

LA BATAILLE DE NANCY - 5 janvier 1477

En ce jour anniversaire de la bataille de Nancy qui opposa, le 5 janvier 1477, le duc René II de Lorraine à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, je vous invite à lire l'article que j'avais écrit pour la revue Histoire Médiévale des Editions Harnois en 2004.

Cette bataille fut la seconde qui opposa les Lorrains aux Bourguignons, la première étant celle de Bulgnéville (Déroulement de la bataille ici), qui se déroula 35 ans plus tôt, le 2 juillet 1431 !

Vous pouvez également lire mon billet sur la bataille de Bar :

En novembre 1037, le duc Gozelon affronta l'armée d'Eudes de Blois à Bar-le-Duc. La Lorraine était alors au cœur d'un conflit opposant le comte de Champagne et l'empereur du Saint-Empire-Romain-Germanique. Vous pouvez découvrir cette bataille en cliquant ICI

Bonne lecture...
__________________________

LA BATAILLE DE NANCY - 5 janvier 1477
La fin du Téméraire

*
"La bataille de Nancy, 5 janvier 1477"
Miniature du manuscrit "La Nancéide" de Pierre de Blarru. Fin XVe siècle.
A gauche, les Suisses et les Lorrains , René II en tête chargent les Bourguignons.
Au dessus, le duc de Bourgogne et son cheval sont morts.
Dans le coin inférieur droit, Campo Basso massacre les Bourguignons en fuite.
Dans le coin inférieur gauche, les forces alliées ont capturé les canons bourguignons
et les ont tournés vers l'ennemi. En plein champ, c'est la bataille qui fait rage.
Enfin, en haut, la ville de Nancy

*

Dès l’accession au duché de Lorraine de René II le 2 août 1473, Charles de Bourgogne contesta cette principauté, rêvant de l’incorporer à son patrimoine. La bataille qui s’en suivit, régla définitivement les prétentions bourguignonnes.

*

Charles le Hardi (l’appellation de Téméraire est tardive) obtint avec le traité à Nancy signé le 15 octobre 1473 le droit de placer des garnisons bourguignonnes dans plusieurs forteresses lorraines lui permettant de relier toutes ses terres (la Bourgogne, le Charolais, la vallée de la Flandre, le Brabant, le Hainaut, l’Artois, la Picardie, le Luxembourg et le comté de Thionville).

Mécontent, le duc de Lorraine s’employa à harceler ses troupes par des embuscades.

"Le duc René II à la bataille de Nancy, 5 janvier 1477"
Miniature du manuscrit "La Nancéide" de Pierre de Blarru. Fin XVe siècle.

Déterminé, Charles mit le siège devant Nancy. Les bombardes bourguignonnes ébranlant petit à petit les remparts, René II préféra ordonner le 25 novembre aux 2 200 Allemands et aux 500 Gascons présents à ses côtés de quitter Nancy ; ils le feront le 27.

Nancy aux mains du Grand duc, Jean de Rubempré, seigneur de Bièvre, devint gouverneur de la Lorraine et chef de la garnison bourguignonne.

La statue équestre de René II de Lorraine - Bronze de Mathias Schiff - 1883
Nancy - Place Saint-Epvre

La révolte de René II de Lorraine

Profitant du départ de Charles de Bourgogne le 14 février 1476 pour la Suisse où il voulait soumettre les « vachers » qui avaient prit plusieurs de ses châteaux, René II assiégea et reprit la cité ducale.

Effigie de René II sur la Porte de la Craffe de Nancy

La nouvelle de cette prise indisposa Charles qui marcha en direction de la Lorraine avec 10 à 12 000 hommes. A Pont-à-Mousson, le combat faillit s’engager entre les deux factions mais René II préféra se retirer estimant son infériorité numérique.

Le duc de Bourgogne, qui avait accordé sa confiance au condottiere Napolitain Cola II de Monteforte, comte Campo Basso, un traître vendu au roi de France et au duc de Lorraine, fut abandonné certains de ses alliés.

Nancy - Porte de la Craffe (XIVe siècle)

Charles installa son quartier général à la commanderie Saint-Jean et ordonna le siège de Nancy dès le 22 octobre 1476. Entre temps, le duc de Lorraine avait quitté subrepticement sa capitale pour aller chercher de l’aide auprès des cantons suisses et des Alsaciens. La garnison lorraine et les habitants de Nancy promirent de tenir aussi longtemps que possible.

 Charles le Téméraire assiégeant Nancy, 22 octobre 1476".
Gravure sur bois illustrant la Nancéide. 1518.
Collection du Musée Lorrain, Nancy

L’assaut bourguignon du 26 décembre 1476 fut très coûteux en hommes, Charles perdit un tiers de ses effectifs. Le froid et la neige causèrent également la mort de 400 Bourguignons dans la nuit de Noël. Puis comme prévu, le 1er janvier, le comte de Campo Basso quitta le camp du duc Charles avec sa condotta prétextant d’aller au devant des renforts venant de Flandre ; en réalité, le duc de Lorraine lui avait garanti la seigneurie de Commercy en échange de son aide.

Arrivé à Bâle, le 2 novembre 1476, René II parvint à convaincre les cantons suisses de l’aider dans cette tâche ardue de recouvrer son duché. Il se porta ensuite à Berne et à Lucerne où il leur promit une forte somme. Le maître d’hôtel ducal, Suffren de Baschi fut alors chargé de se rendre à Nancy pour prévenir la garnison et ses habitants de la venue imminente du duc mais il fut capturé et pendu par les Bourguignons (en représailles René II demanda l’exécution d’une centaine de prisonniers). Poursuivant sa campagne de recrutement, le duc de Lorraine arriva en Alsace pour convaincre les Alsaciens du bien fondé de sa requête. Guillaume Herter de Strasbourg accepta volontiers de l’aider. Pendant ce temps là, les Suisses se concentrèrent à Bâle avant de traverser l’Alsace où ils se livrèrent à de vils pillages. Oswald de Thierstein régla la somme de 2 500 florins, première solde promises aux combattants suisses et alsaciens.

 La basilique de Saint-Nicolas de Port

Le 3 janvier 1477, René II passa à Croismare et le 4 arriva à Saint-Nicolas-de-Port, point de ralliement des combattants, dans la matinée. Les Suisses, les Allemands et les Alsaciens y parvinrent dans l’après-midi. Une lanterne fut placée sur le clocher de la basilique Saint-Nicolas pour signaler aux Nancéiens l’arrivée imminente de leur duc.

Etendard du duc René II de Lorraine

Les forces en présence et le champ de bataille

Les sources bourguignonnes d’Olivier de la Marche et de Jean de Margny apportent de maigres renseignements. Par contre, du côté des alliés, les informations sont plus loquaces avec notamment les récits vivants des Lucernois Peterman Etterlin et Diebold Schilling et de Pierre de Blarru, personnages ayant prit part à la bataille. Enfin, la chronique de Lorraine, source à ne pas négliger, est à considérer avec prudence.

La composition des deux armées était hétéroclite. En effet, René II avait réussit à réunir près de 20 000 combattants (dans La vraye déclaration du fait et conduite de la bataille de Nancy, René II indiqua que son armée comprenait de 19 à 20 000 hommes) venant de Suisse, d’Alsace et d’ailleurs ; Charles de Bourgogne en rassembla entre 6 000 et 10 000 dont des Hollandais, Savoyards, Anglais et mercenaires italiens.

Les coalisés

Combattants Suisses, couleuvriniers, piquiers et hallebardiers".
Pierre de Blarru. La Nancéide
Gravure sur bois. 1518
Imprimé à Saint-Nicolas-de-Port par Jean Jacobi
(Bibliothèque diocésaine de Nancy).

Les contingents de cavaliers lorrains étaient sous le commandement de René II et de son maréchal le comte Oswald 1er de Thierstein. Les Suisses, qui composaient le noyau principal du duc de Lorraine avec 6 000 volontaires (piquiers, hallebardiers et couleuvriniers), venaient de Zurich (2 430 hommes), de Lucerne (1 200 hommes), de Berne (1 087 hommes) et d’autres ortes (Schaffouse, Soleure, Appenzell, Fribourg, Unterwald et Uri). Le lucernois Henrich Hassfurter, le zurichois Hans Waldmann et le bernois Brandolfe de Stein en étaient les principaux capitaines. Les Alsaciens (de Colmar et de Strasbourg), sous les ordres du strasbourgeois Guillaume Herter de Hertenegg et les Bâlois fournirent chacun un contingent d’infanterie. L’abbé de Saint-Gall, le comte Eberhard VI de Wurtemberg et les cités de Schaffhouse et de Rothweil envoyèrent des cavaliers. Au dessus de cette armée, flottaient les bannières et pennons des évêques de Bâle et de Strasbourg ainsi que du duc d’Autriche, Sigismond.

Combattants lorrains. Reconstitution de la Compagnie Médiévale
"La Massenie de Saint-Michel" de Saint-Mihiel. Blâmont 7 juillet 2003.

René II connaissait bien les Suisses et les Strasbourgeois pour avoir combattu à leurs côtés à Morat avec 250 cavaliers. Il fut même adoubé (ritterschlag) à cette occasion par Guillaume Herter de Hertenegg dans la clairière de Lurtingen le 22 juin à l’âge de 20 ans.

Le condottiere napolitain Cola II de Monteforte, accompagné de ses fils, de son frère Angelo et de son cousin Jean apporta son aide à René II en le rejoignant avec 300 cavaliers.

Les Bourguignons

L’armée du duc de Bourgogne offrait une bien piètre image depuis les cinglantes défaites de Grandson et de Morat en mars et juin 1476. Il paraissait donc normal que Charles de Bourgogne ne put constitué une armée à la hauteur de ses ambitions. Nous savons que le 8 décembre 1476, environ 10 000 hommes furent payés pour leur service par le prince mais les conditions météorologiques et les conflits larvés entamèrent ce potentiel militaire. A ses côtés se trouvaient entre autres son frère le Grand-Bâtard Antoine, Philippe de Croy comte de Chimay, Engelberg II comte de Nassau-Dillenburg, Frédéric de Florsheim comte de Bade, Philippe de Hochberg comte de Neufchâtel et Olivier de la Marche.

Deux corps de cavalerie étaient commandés par Josse de Lalaing et le condottiere napolitain Jacques de Galeotto. Charles avait prévu des pièces d’artillerie. Des archers anglais montés, des contingents savoyards et hollandais complétaient le dispositif.


Une bataille perdue d’avance

Bataille de Nancy
Estampe de Pierre Alexandre Aveline le Jeune (1702-1760)
Cabinet des estampes - BNF

Ce 5 janvier 1477, il neigeait. Après la lecture de la Cyropédie, Charles de Bourgogne rassembla ses troupes tôt dans la matinée. Il enfourcha son cheval noir dénommé Moreau et selon les récits de l’époque, lorsque son écuyer lui tendit son casque, le cimier au lion d’or le surmontant s’en détacha et tomba à terre ; le duc désabusé aurait prononcé "Hoc est signum Dei "(c’est un présage de Dieu). Il redoubla alors d’ardeur, se plaça au centre avec son artillerie (à l’emplacement exact de l’actuelle église Notre-Dame-de-Bonsecours) devant lui sur la route venant de Jarville, les archers anglais derrière, et demanda à Josse de Lalaing et ses cavaliers de prendre position sur sa droite et à Jacques Galeotto de s’installer avec ses hommes sur sa gauche. La Meurthe protégeaient le flanc gauche et le bois de Saurupt le flanc droit. 

Situation des deux armées avant la bataille.

En face, les coalisés venaient de Saint-Nicolas-de-Port, qu’ils avaient quitté à huit heures du matin. Ils s’arrêtèrent un peu avant le village de Jarville afin de déterminer le plan de bataille. Deux déserteurs Bourguignons capturés révélèrent à René II et à ses alliés la disposition des troupes du Téméraire ainsi que la configuration du terrain. Pendant toute la délibération, la neige tombait à gros flocons. Prendre le flanc droit tenu par la cavalerie de Lalaing était la clef de cette bataille. L’ordre de marche fut alors décidé. René II remonta sur sa jument grise La Dame puis se plaça en tête de l’armée avec ses cavaliers lorrains. Le comte de Campo Basso fut envoyé à Bouxières-aux-Dames pour garder le pont et empêcher la fuite des Bourguignons par la route principale menant à Metz.

 
Mouvement de contournement des troupes lorraines et suisses
par les bois de Jarville et de Saurupt.

L’avant-garde (3 ou 400 cavaliers lorrains et français) commandée par le seigneur de Rosières-aux-Salines, Vautrin Wisse, emprunta alors le petit sentier contournant le bois de Saurupt, traversa le ruisseau de Heillecourt, passa à proximité de la ferme de la Malgrange,  franchit le ruisseau de Jarville, coupa la route menant à Vandoeuvre, effaça le ruisseau de la Madeleine, progressa sous le couvert du bois de Saurupt et s’arrêta à la lisière de ce dernier à un kilomètre des positions bourguignonnes. Les piquiers, hallebardiers et couleuvriniers suisses ; René II et ses lieutenants Oswald de Thierstein en tête lui avaient emboîté le pas. Les combattants étaient éreintés après cette manœuvre de contournement par ce froid glacial et cette neige abondante. En ce début d’après-midi, Charles de Bourgogne ne se doutait pas de la présence d’une telle force (400 cavaliers, 4000 couleuvriniers, 4000 piquiers, 3000 hallebardiers et 2000 hommes d’arme) sur son flanc droit, force prête à bondir.

 Les troupes suisses et lorraines attaquent les Bourguignons,
plus particulièrement Lalaing et ses cavaliers.

Les Strasbourgeois de Guillaume Herter restés sur la route menant à Nancy tentèrent une attaque mais l’artillerie bourguignonne les repoussa violemment.

Poursuite de l'attaque des coalisés. Les troupes restées sur la route
menant à Nancy capturent les canons du duc de Bourgogne.

A 13 heures, la neige cessa de tomber et le soleil apparu ; l’ordre d’attaquer fut alors donné. Les Suisses firent alors soufflé trois longs et lugubres coups de trompe (des cantons d’Uri et d’Unterwald !), signal de l’assaut. La surprise fut totale, les cavaliers de Josse de Lalaing submergés, reculèrent. L’artillerie de Charles impuissante, ne put refouler ce flux de combattants suisses, lorrains, alsaciens et allemands. Les couleuvriniers suisses avancèrent en déchargeant toute leurs munitions, suivit des hallebardiers et des piquiers qui embrochèrent les Bourguignons encore vivants.

Les troupes suisses et lorraines poursuivent les Bourguignons
jusqu'à la Commanderie Saint-Jean. Le condottiere Jacques de Galeotto
s'enfuit par le gué de Tomblaine

L’armée restée en face du Téméraire passa aussi à l’attaque. L’artillerie capturée fut retournée contre les Bourguignons. Les archers anglais infligèrent des pertes aux alliés mais rapidement, ils cédèrent fasse à cette marée humaine. Jacques de Galeotto, estropié, se retira en traversant au gué de Tomblaine puis s’enfuit vers le Nord.

 Nancy - Tour de la Commanderie Saint-Jean du Vieil Aître (XIIe siècle)
C'est non loin de là que se trouvait l'étang Saint-Jean
(aujourd'hui Place de la Croix de Bourgogne)
où fut retrouvé le corps du Téméraire

Plaque commémorative placée sur le mur extérieur
de la tour de la commanderie Saint-Jean du Vieil Aître

Le duc de Bourgogne et ses hommes assaillis de toute part se replièrent vers la commanderie Saint-Jean et vers Bouxières-aux-Dames. Rattrapés par les Suisses et les Lorrains, ils furent achevés près de l’étang Saint-Jean. Charles, blessé, s’écroula. Claude de Bauzemont, châtelain de Saint-Dié, acheva le Grand Duc d’un coup de hache sur la tête.

Galeotto s'éloigne avec ses hommes.
Combats autour de la commanderie Saint-Jean
et l'étang Saint-Jean. Charles le Téméraire est tué par Claude de Bauzemont.
Une partie des coalisés auquels se joint la garnison de Nancy essayent de rattraper
les fuyards qui tentent de s'échapper par le pont de Bouxières-aux-Dames
mais le condottiere Cola de Monteforte les attend.

 La bataille de Nancy, 5 janvier 1477. Gravure sur bois. Fin XVe siècle.
A gauche, les Suisses et les Lorrains chargent la cavalerie de Lalaing.
Dans le coin inférieur droit, on voit Claude de Bauzemont
achever le duc de Bourgogne.
Et juste au-dessus, le condottiere Jacques de Galeotto s'enfuit.

La poursuite des Bourguignons, mena les alliés – rejoints par la garnison lorraine de Nancy - jusqu’au pont de Bouxières-aux-Dames où le comte de Campo Basso avait exterminé les derniers partisans du Téméraire.

Les fuyards bourguignons ont été exterminé par les hommes de Campo Basso
au pont de Bouxières-aux-Dames.
René II et ses alliés font une entrée triomphale à Nancy.

En fin de journée, René II demanda au condottiere s’il n’avait pas vu le duc de Bourgogne ; la réponse fut négative. Le duc de Lorraine fit quand même son entrée dans sa chère capitale. Mais, son esprit était accaparé par Charles, où était-il, avait-il fuit ou était-il mort ?

La bataille de Nancy
Enluminure tirée de "La Chronique de Lucerne" (1511-1513)
 écrite par le chroniqueur Diebold Schilling der Jüngere (1460-1515)
(Bibliothèque Centrale de Lucerne)

Au cours du combat, Jean Max von Eckwersheim captura le comte de Nassau, Jean de Bidos, seigneur de Pont-Saint-Vincent Antoine le Grand Bâtard et Guillaume de Rappolstein le comte de Chimay. D’après un chroniqueur suisse, 5 699 cadavres de Bourguignons gisaient dans la plaine nancéienne ; chiffre incluant vraisemblablement les combattants morts lors des sièges de Nancy. La petite armée de Charles perdit en tout cas les 2/3 de ses effectifs si l’on se réfère au nombre de compagnies d’archers anglais rentrés dans leur patrie en janvier et février 1477. Cette défaite fut cuisante et coûteuse en hommes.

La Bataille de Nancy
Peinture à l'huile d'Eugène Delacroix - 1831
Musée des Beaux-Arts de Nancy

Les honneurs rendus au Téméraire

Le lundi 6 janvier 1477, René II obnubilé par le Téméraire partit à sa recherche, interrogea des prisonniers, envoya des hommes arpenter la Lorraine et même au-delà. La prospection demeurait infructueuse quand le soir venu le Napolitain Cola de Montforte lui amena un jeune page romain, Baptiste Colonna. Celui-ci lui annonça qu’il était au service du prince tant recherché et qu’il l’avait vu s’effondrer à proximité de l’étang Saint-Jean.

Charles le Téméraire retrouvé après la bataille de Nancy
Peinture à l'huile d'Augustin Feyen-Perrin - 1865
Musée des Beaux-Arts de Nancy

Le lendemain, mardi 7, le page mena le duc de Lorraine dans le pré de Virelay non loin de l’étang Saint-Jean où il lui présenta son maître, étendu parmi d’autres cadavres. Il était nu, dépouillé de ses atours, la tête prise dans la glace, une joue dévorée par un loup et le corps piétiné par des chevaux. Le médecin portugais du Grand Duc, Lopo da Guarda fut mandé. Il fit une inspection rigoureuse de son prince, releva qu’il avait le crâne fendu par une hache, deux plaies profondes dans le bas des reins et les cuisses dues à des coups de piques ; puis le reconnu grâce à six signes : des dents manquaient à sa mâchoire, une cicatrice au cou (résultat d’un coup de lance à la bataille de Montlhéry), la trace d’un furoncle à l’épaule, des ongles très courts, un gros orteil au pied gauche, un ongle incarné et la trace d’une fistule au testicule droit.

Le duc de Lorraine, René II devant la dépouille
du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, le 12 janvier 1477.
Chronique de Louis XI, dite Chronique scandaleuse (1498-1502, par Jean de Roye)

Formellement identifié, la dépouille de Charles fut portée dans une maison de Nancy, chez Georges Marquiez ; son corps fut lavé puis revêtu d’une longue robe brodée et la tête couverte d’une toque rouge. Le samedi 11 janvier, l’embaumement du corps eut lieu et le lendemain, René II fit célébrer une messe à 6 heures du matin en la collégiale Saint-Georges. Enfin, le corps du Téméraire et celui de Jean de Rubempré furent inhumés dans le transept.

Dépouille du Duc de bourgogne à la collégiale de Nancy.
Gravure sur bois. 1518
Imprimé à Saint-Nicolas-de-Port par Pierre Jacobi

(Bibliothèque diocésaine de Nancy).

Pour commémorer son succès, René II édifia un sanctuaire appelé Notre-Dame de la Victoire ou de Bonsecours dès 1484 sur le terrain même où se déroula le combat ; Olry de Blâmont, évêque de Toul la consacra en 1498. La cité de Saint-Nicolas-de-Port se dota également d’une magnifique basilique dès 1480, signe de la dévotion de René II qui y participa financièrement.

*

Comme le souligna Pierre de Ram au XIXe siècle dans son Histoire des chroniques liégeoises au temps de Charles le Téméraire : « le duc perdit son trésor à Grandson, son honneur à Morat et la vie à Nancy ». A Nancy, comme à Héricourt et Morat, la bataille se déroula suivant trois axes : surprise, panique et massacre. La supériorité numérique des coalisés eut raison des Bourguignons.

La puissance bourguignonne s’acheva après plus d’un siècle d’histoire orgueilleuse le 5 janvier 1477 à Nancy. Le Grand Duc mort, le rattachement de son duché à la couronne de France, théoriquement effectué le 31 janvier 1477, a en fait demandé une conquête marquée notamment par les soulèvements populaires de Dijon (1477), de Beaune et de l’Auxois (1478).

Monument commémoratif de la bataille de Nancy :
Le duc René II de Lorraine y est figuré
brandissant la croix de Lorraine
 Œuvre de Victor Prouvé - 1928
Nancy - Place de la Croix de Bourgogne
____________________________

Sources historiques:

Pierre de BLARRU, La Nancéide ou la Guerre de Nancy, traduction de F. Schütz, 1840.
Pierre de BLARRU, La Nancéide, poème consacré à la victoire remportée devant Nancy par le dcu de Lorraine René II sur le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, le 5 janvier 1477, traduction de Jean Boës - (Collection "Etudes anciennes 32") - Editions De Boccard - 2006
Différentes chroniques

Bibliographie sélective :

La bataille de Nancy, catalogue de l’exposition 1477-1977, Musée Historique Lorrain.
Cinq centième centenaire de la bataille de Nancy 1477, Actes du colloque, 1977, Université Nancy II.
FREDERIX, La mort de Charles le Téméraire, Gallimard, 1971.
PFISTER, Histoire de Nancy, Paris 1902-1909.

___________________________

Vous pouvez consulter les gravures sur bois de la Nanceide ici:

__________________________

Liens internet:

Sur wikipedia:
La bataille de Nancy

Sur la compagnie de reconstitution médiévale
Massenie Saint-Michel 1473 de Saint-Mihiel

__________________________

Découvrez maintenant les batailles suivantes :

Bataille de Bulgnéville du 2 juillet 1431

Bataille de Bar du 15 novembre 1037
____________________

Copyright - Olivier PETIT - 2011 © Tous droits réservés

15 commentaires:

  1. Un grand merci pour la superbe cartographie de la bataille !

    RépondreSupprimer
  2. J'ai essayé de reproduire au mieux le déroulement de la bataille ! Il me semblait important de montrer les différentes phases de celle-ci !

    RépondreSupprimer
  3. Superbe Olivier ,

    Grand merci, je comprends beaucoup mieux cette bataille proche par le terrain et lointaine par le temps

    RépondreSupprimer
  4. Cette bataille fut vraiment décisive pour la destinée de la Lorraine ! Merci d'avoir pris le temps de lire mes lignes...

    RépondreSupprimer
  5. Je suis passionné d'histoire et là, captivé par votre travail; on plonge en plein coeur de cette bataille, parfois oubliée. bravo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. eh oui, cette bataille n'est pas assez mise en avant !! Merci de votre passage ici !

      Supprimer
    2. bonjour je fais de la reconstitution medieval et je cherche le costume des soldays suisse ou allemand
      pouvez vous m aidée je cherche surtout des enluminures fin XVeme siecle
      merci d avance

      Supprimer
  6. bonjour
    j ai etudier votre blog et je le trouve tres bien y a t il des enluminure qui dante de 1476 1477 de cette bataille
    si oui pouvez vous m indiqué ou je peut les trouvé merci

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci de votre passage ici !

      A ma connaissance, il n'existe pas d'enluminures de la bataille de Nancy datée de 1477, celles que l'on connaît remontent aux années 1510-1518 !

      Supprimer
  7. merci de votre reponce

    RépondreSupprimer
  8. Félicitations pour cet article très instructif, cette période de l'Histoire de notre ville mériterait d'être beaucoup plus célébrée et mise en avant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci d'avoir pris le temps de lire mon article ! Effectivement, cette bataille devrait être davantage mise en avant !

      Supprimer
  9. Beau travail sur un épisode sanglant de l'hisoire Lorraine.
    A Frouard, il y a deux lieux dits, la Ravage et juste à côté la Fosse des Bourguignons, en rapport avec cette bataille du moins la suite...
    Alain

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci d'avoir pris le temps de lire cet article ! Je ne connaissais pas ces lieux-dits, ils sont effectivement liés à la bataille de Nancy, sans doute aux combats autour du pont de Bouxières où les hommes de Campo Basso ont commencé à exterminer les fuyards bourguignons !

      Supprimer
  10. La bataille de notre histoire que je déteste: une partie de mes ancêtres est bourguignonne et l'autre est lorraine...
    J'ai expliqué le tableau de Delacroix à mes élèves lors d'une visite du musée des beaux-Arts... Quand on prend le temps d'entrer dans une œuvre, on ne la voit plus jamais de la même façon!

    (Bonne année, amis lorrains!)

    RépondreSupprimer